Jean-Claude RABATÉ, Université Paris III Sorbonne-Nouvelle.
Source : Jean-Claude Rabaté. 2010. « La culture de l’autre : l’enseignement des langues à l’Université – Introduction – « .
La Clé des Langues (Lyon: ENS LSH/DGESCO). Mis à jour le 25 mars 2010.
Url : http://cle.ens-lsh.fr/20804513/0/fiche___pagelibre/
Introduction :
Cet ouvrage intitulé La culture de l’autre : l’enseignement des langues à l’Université offre les actes des communications présentées au cours de la deuxième rencontre hispano-française entre les chercheurs de la Société des Hispanistes Français (SHF) et ceux de la Asociación de Profesores de Francés de la Universidad Española (APFUE) qui s’est déroulée à l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon du 26 au 29 novembre 2008. La principale préoccupation des membres de ces deux sociétés savantes était de prolonger la réflexion engagée à Séville lors d’une première rencontre sur le thème général de « la culture de l’autre » (29 novembre-2 décembre 2005), d’en affiner les acquis en réfléchissant à la façon dont on enseigne sa langue et sa culture à l’Université.
Contrairement à certaines approches à la mode, apprendre une autre langue c’est aussi et surtout se confronter à une autre culture, l’indispensable maîtrise de la communication ne pouvant faire l’économie de la familiarisation avec un contenu extralinguistique et extralangagier. La culture façonne la langue, alors même que la culture se construit pour une bonne part sur le socle de la langue. Enseigner, c’est donc transmettre aussi bien une langue qu’une culture qui, partant du statut d’étrangères, doivent peu à peu se voir appropriées par l’apprenant.
Cela suppose qu’elles soient perçues et connues tant dans leur cohérence propre que sous leurs innombrables facettes, et que soit accompagnée par l’enseignant puis acceptée par l’étudiant l’inéluctable mais ô combien formatrice décentration que suppose l’altérité. Car si aucune langue n’est le calque d’une autre, chaque culture connaît ses propres influences, ses propres tropismes et son propre agenda. L’enseignant universitaire, parce qu’il est à la fois enseignant et chercheur, a en la matière un rôle prépondérant de passeur de langues et de cultures. Du reste, on reconnaîtra dans ces Actes un décalage entre les préoccupations de nos collègues espagnols et français, en bonne partie lié à leur propre formation et aux cursus dans lesquels ils œuvrent.
Le thème vaste mais fédérateur et particulièrement suggestif de « La culture de l’autre : l’enseignement des langues à l’Université » a suscité auprès des participants des approches diverses et parfois éclectiques qui ont permis d’en décliner les nombreuses variations. Certains participants ont perçu la dimension didactique du thème alors que d’autres ont privilégié une approche plus théorique de l’altérité franco-espagnole. L’intitulé du colloque suscitant une approche de la culture de l’autre par la langue, cette dernière a joué le rôle à la fois de fil conducteur et de filtre qui a sous-tendu les débats. La conséquence est nettement perceptible dans l’architecture de ce volume en trois parties relativement équilibrées : les aspects linguistiques dans un premier temps, les analyses littéraires, civilisationnelles et cinématographiques, les rapports entre texte et image dans un deuxième temps et enfin les aspects plus pratiques de « la culture de l’autre » dans une troisième partie qui réunit des communications ayant trait à la manière d’enseigner l’espagnol, langue de spécialité ou le français langue étrangère.
En conclusion, la lecture des quarante-six communications réunies dans ce volume permettra au lecteur d’apprécier la qualité du travail effectué pendant les trois journées de cette deuxième rencontre hispano-française. A la publication des textes, il faut ajouter la richesse des débats qui se sont déroulés dans une atmosphère particulièrement cordiale, qui a favorisé les échanges entre collègues et consolidé des relations personnelles ou professionnelles nouées lors du premier congrès de Séville à l’automne 2005.
A ce corpus de textes il faudrait ajouter les interventions de Philippe Merlo qui a présenté l’enseignement de l’image dans la filière L.L.C.E. de l’université Lumière-Lyon 2 et d’Elies Furió qui a décrit le fonctionnement de la filière L.E.A. de l’université Jean Moulin-Lyon 3, ainsi que la présentation de la méthode AVE (Aula Virtual de Español) par notre collègue Rosa García, de l’Instituto Cervantes de Lyon. On rappellera aussi la table-ronde du 28 novembre destinée à commémorer le bi-centenaire des événements de 1808, au cours de laquelle Marta Giné, Solange Hibbs-Lissorgues, Francisco Lafarga et Jacques Soubeyroux ont pu dialoguer sur le regard porté par les romanciers français du XIXe siècle sur la guerre de l’Indépendance, à partir de l’ouvrage collectif Francia mira la guerra de la Independencia, dirigé par Marta Giné et publié en espagnol et en français, et examiner les utilisations possibles de cet ouvrage dans l’enseignement de la littérature, de la civilisation et de la traduction. Et on remerciera Maite Cabello, de la Dirección Académica del Instituto Cervantes de Madrid, venue tout exprès d’Espagne pour prononcer la conférence de clôture du colloque sur « El tratamiento de la dimensión cultural en el aula de español: cultura, sociocultura e intercultura. El Marco común europeo de referencia y el Plan Curricular del Instituto Cervantes ». On ne saurait oublier, pour terminer, de remercier les responsables de l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines qui ont bien voulu nous accueillir pour ce deuxième congrès dans un cadre agréable qui a largement contribué au succès de cette rencontre. Ce succès ne peut que nous encourager à préparer un troisième congrès qui devrait se tenir en 2011 dans une université espagnole et sur un thème qu’il appartiendra à nos collègues de l’APFUE de proposer.
Avec la collaboration de Marie-Madeleine Gladieu, Christian Lagarde, Amélie Piel, Jacques Soubeyroux et Isabelle Soupault.

